Comme toutes les littératures dites de genre, la science-fiction et la fantasy ont donné lieu à bien des prix littéraires qui accompagnent souvent des festivals. En voilà un rapide tour d'horizon.

Une "constante familiarité du pire"

« Et le dernier séisme, si meurtrier, du 12 janvier 2010, nous a rappelé qu’au hasard historique s’ajoute celui qui nous a placés sur une faille sismique et sur la route des cyclones, nous mettant dans cette constante familiarité du pire, en phase avec la conscience d’une vulnérabilité devenue mondiale. Au-delà d’une esthétique du délabrement, du désenchantement ou de la catastrophe, écrivains et écrivaines, obstinés et tranquilles, habitent ce temps où désormais l’espoir n’est plus une réponse sûre, mais seule continue de l’être l’urgence de l’ici et maintenant de la beauté. »

Ainsi Yanick Lahens achève-t-elle sa leçon inaugurale au Collège de France, pour la chaire Mondes francophones, en 2019.

Cette « constante familiarité du pire » provient notamment de l’histoire politique du pays, traversée par les colonisations (espagnole de 1493 à 1697, française ensuite jusqu’en 1804) ; l’occupation militaire américaine de 1915 à 1934 ; la dictature des Duvalier père (de 1957 à 1971) et fils (jusqu’en 1986) et ce qui en découle, pour le peuple haïtien : corruption, crimes, extrême pauvreté, prostitution… Ce que donnent à voir des romans tels que Les cacos (Jean Metellus, 1989), Corps mêlés (Marvin Victor, 2010), L’espace d’un cillement (Jacques Stephen Alexis, 1996), Les immortelles (Makenzy Orcel, 2012), Douces déroutes (Yanick Lahens, 2018)  

La vie quotidienne bouleversée par les catastrophes climatiques est aussi l’un des thèmes récurrents de la littérature contemporaine, particulièrement autour du séisme de 2010, avec Failles : récit (Yanick Lahens, 2010), Aux frontières de la soif (Kettly Mars, 2012) et Belle merveille (James Noël, 2017).

La question de l’identité, liée aux colonisations et à l’esclavage et celle de la migration (au Canada, en France, aux Etats-Unis), notamment à partir de 1957 pour fuir la dictature de Papa Doc, hante aussi de nombreuses fictions : de L’autre face à la mer (Louis-Philippe Dalembert, 1998) à Ballade d’un amour inachevé (du même auteur, 2013) en passant par Cette grenade dans la main du jeune nègre est-elle une arme ou un fruit ? (Dany Laferrière, 2002), Le cri des oiseaux fous (du même auteur, 2015)… 

Enfin, les croyances, vaudou et chamaniste, liées au peuplement de l’île par des populations africaines (Dahomey, Guinée…) dans le cadre de la Traite des Noirs imprègnent la fiction, notamment avec Les affres d’un défi (Frankétienne, 1999), L’ange du patriarche (Kettly Mars, 2017), Laisse folie courir (Gerda Cadostin, 2019) et Antoine des Gommiers (Lyonel Trouillot, 2021).

Quelques romans haïtiens :

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Pour en savoir plus : quelques repères dans l’histoire littéraire haïtienne des 20 et 21èmes siècles

Le mouvement indigéniste (1915 - 1945)

Pour faire face à l’occupation américaine et affirmer l’identité haïtienne après plusieurs siècles de colonisation européenne, Jean Price Mars, père spirituel de ce mouvement, défend les origines africaines de son peuple (Ainsi parla l’Oncle Sam, 1928).

1927 : fondation de la revue Indigène par Emile Romer, Jacques Roumain, Emile Roumer, Normil Sylvain et Philippe Thoby-Marcelin

Dans le prolongement de ce mouvement, le réalisme social marque la période d’après-guerre, avec des écrivains tels que Jacques Roumain (fondateur du Parti Communiste haïtien), Jacques Stephen Alexis, René Depestre. Gouverneurs de la rosée, de Jacques Roumain (1944), est le roman représentatif du genre.

Avec Compère général soleil (1955), Les arbres musiciens (1957) et  Romancero aux étoiles (1960), Jacques Stephen Alexis évolue ensuite vers le réalisme magique, de même que René Depestre avec Hadriana dans tous mes rêves (1988).

Le mouvement spiraliste, à partir de 1965

Fondé par Frankétienne et René Philoctète rejoints par Jean-Claude Fignolé, ce mouvement, qui s’étend à tous les arts, se définit comme  « une méthode d'approche pour essayer de saisir la réalité qui est toujours en mouvement. », « un genre nouveau qui permet de traduire les palpitations du monde moderne. L'œuvre spirale est constamment en mouvement. C'est ce qui explique en partie cette suite de ruptures dans le développement du texte. » (Frankétienne).

Parmi les œuvres spiralistes : Ultravocal (1972), Les affres d’un défi (1979), Fleurs d’insomnie (1986), L'oiseau schizophone (1993) de Frankétienne ; Le peuple des terres mêlées (1989), Une saison de cigales (1993) de René Philoctete, Aube tranquille (1990) et Une heure pour l’éternité (2008) de Jean-Claude Fignolé.

En complément, sur la littérature haïtienne :

Les rencontres internationales des écritures de l'exil proposées au Centre Pompidou en 2004 ont donné lieu à des rencontres avec auteurs haïtiens, filmées, sous le titre de Haïti debout ! Le premier volet est ici.

 

 

Les biographies romancées ou biopics (anglicisme emprunté au genre cinématographique) racontent la vie de personnes ayant existé mais sous forme romanesque, préférant le rythme du roman à l'étude plus formelle d'un parcours de vie.

Connus ou obscurs, ces personnages vous embarquent dans les tourments de leur vie, vous permettent d'approcher des mondes interdits au commun des mortels, de partager des passions amoureuses, des déceptions, des espoirs, des secrets... Mais quelle est la part de vérité et de fiction dans tous ces récits ?

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Ainsi, dans la liste cliquable ci-dessous, entrez dans la peau du véritable Comte Dracula avec Joseph O'Connor, découvrez le monde complexe des oiseaux grâce a Eva Meijer, abordez l'univers artistique de Nikki de Saint Phalle avec Caroline Deyns, devenez l'un des frères Lehman à la tête de leur empire aux pieds d'argile avec Stefano Massini, parcourez les rue new-yorkaises avec votre appareil photo à la main comme Vivian Maier avec Gaëlle Josse...

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Et pourquoi pas suivre la vie de Gabrielle Renard, la muse des Renoir, en lisant le roman de Lilyane Mosca, parcourir Rome aux côtés d'Ava Gardner grâce à Thierry Froger, découvrir l'amour caché de Charlotte Brontë avec Jolien Janzing ou la vie secrète de la poétesse Emily Dickinson avec Jerome Charyn.

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Aurez-vous la perfection du geste de la gymnaste Nadia Comaneci que nous montre Lola Lafon, la résistance au mal d'Emil Zatopek, racontée par Jean Echenoz, l'envie folle de danser de Rudolf Noureev narrée par Colum McCann ?

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Quid de Marilyn, dont Joy Carol Oates fait une autobiographie fictive, que Michel Schneider explore par le biais de son psychanaliste, et dont on suit les deux dernières années de sa vie racontées par Maf, le chien philosophe et moraliste de la célèbre actrice, dans l'ouvrage d'Andrew O'Hagan.

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Vous l'aurez compris, les voyages, les époques, les émotions seront multiples dans ces récits...

Bonnes découvertes !

 

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